Civilisation disparues : Byzance la grande

Notre prochaine anthologie diffère légèrement des précédentes puisqu’elle s’ouvre aux adolescents et vous propose un tour du monde des croyances enfouies, mais toujours vivaces dans les esprits. Chaque nouvelle est accompagnée d’un petit texte explicatif que nous  vous partagerons tout au long de notre campagne Ulule. Florent Naud revient à une civilisation un peu moins reculée que ses comparses, mais pourtant bien terminée : les Byzantins.

L’Empire byzantin n’a pas une réalité propre et bien définie dans le temps. Il correspond à la partie orientale de la séparation de l’Empire romain au IVe siècle et n’a été nommé ainsi qu’après sa disparition pour le distinguer de l’Empire romain de l’Antiquité. Les Byzantins se qualifiaient eux-mêmes de Romains ou d’Hellènes.
L’élasticité de l’Empire au cours de l’Histoire, étiré au maximum lors du règne de Justinien et complètement rabougri avant la prise de Constantinople et sa disparition en 1453, lui a permis de laisser des traces de sa culture un peu partout en Europe. On trouve ses fameuses basiliques aussi bien à Ravenne, en Italie (San Vitale), qu’à Istanbul où l’immense Sainte-Sophie est désormais une mosquée.

« Constantinople au soleil couchant »

Si sa surface a beaucoup fluctué dans son existence, l’Empire byzantin a toujours conservé son cœur : Constantinople. L’ancienne Istanbul et nouvelle Byzance, renommée ainsi par l’empereur Constantin Ier, s’est progressivement étendue autour du détroit du Bosphore, à cheval entre l’Asie et l’Europe et au carrefour des cultures. La rudesse géographique de l’emplacement a vite poussé les byzantins, Justinien en tête, à développer des techniques sophistiquées pour des problèmes aussi complexes que l’irrigation et l’approvisionnement en eau de la cité. Aujourd’hui encore, les aqueducs et citernes (dont la célèbre Citerne Basilique) parsèment Istanbul.

L’histoire de l’Empire est également indissociable du règne de Justinien qui est sans doute sa figure la plus célèbre. C’est au cours de son règne qu’il connaît son apogée géopolitique et culturelle, avec les conquêtes de l’Afrique du Nord (une partie de l’actuelle Algérie et la Tunisie) aux dépens des Vandales ainsi que de l’Italie et de la partie occidentale des Balkans après une guerre contre les Ostrogoths. Mais on retient surtout de Justinien l’incroyable héritage qu’il va laisser en compilant par écrit le droit romain. Naquit ainsi le Corpus Iuris Civilis, progressivement enrichi par l’intense activité de législation de l’empereur durant son règne.

Prise de Constantinople – Palma le Jeune

L’importance du règne de Justinien est également étroitement liée à la personnalité de sa femme Theodora, une des impératrices les plus influentes de l’Empire byzantin. Après une jeunesse dans les arts, elle se marie à Justinien, alors sénateur, obligeant ce dernier à abroger une loi interdisant les mariages entre un sénateur et une courtisane. Elle revêt comme son mari le vêtement impérial, la pourpre, en 527 à Sainte-Sophie.
Theodora joue un de ses rôles les plus célèbres lors de la sédition Nika : en 532, deux factions politiques de l’hippodrome se soulèvent et assiègent le palais après avoir ravagé la basilique Sainte-Sophie. Alors que l’empereur et ses conseillers envisagent la fuite, Theodora les convainc de faire face et d’écraser la révolte lors d’un discours célèbre qu’elle conclut par la phrase : « La pourpre est un beau linceul pour mourir ».