Civilisations Disparues : Les Leuques, des gaulois dans les Vosges

Notre prochaine anthologie diffère légèrement des précédentes puisqu’elle s’ouvre aux adolescents et vous propose un tour du monde des croyances enfouies, mais toujours vivaces dans les esprits. Chaque nouvelle est accompagnée d’un petit texte explicatif que nous  vous partagerons tout au long de notre campagne Ulule. Aaron Judas en profite pour rendre hommage à ses origines. Retour en France où vivaient les Leuques dans les montagnes vosgiennes.

La vie est un long voyage et, si nous posons nos valises à un endroit précis, il n’y a rien qui puisse nous assurer que nous ne reprendrons pas la route vers de nouvelles aventures. C’est l’histoire d’Erin qui se retrouve à la croisée des chemins, entre son exil et la rencontre avec de nouveaux peuples. Mais qui sont-ils ?
Pour écrire cette nouvelle, Aaron Judas s’est inspiré de nos lointains ancêtres les Gaulois et, plus exactement, de ceux qui vivaient entre l’Est de la Gaule celtique et la Gaule belgique, des territoires nommés par l’empereur romain Jules César. Nous y retrouvions de nombreuses tribus issues de la migration des peuples Celtes. Les clans de nomades se sont installées sur des terres propices à leur survie, ils partageaient une langue similaire et se donnaient le nom de « Celtae » (Celtes). Erin est issue de l’une de ces nombreuses phratries.

Les Leuques sont des sortes de cousins de la jeune fille, une branche d’un même arbre. Il existe peu de traces manuscrites. On sait cependant qu’il étaient d’habiles lanceurs de javelines (javelots) et des cultivateurs. Afin de coller au plus près à la réalité historique, Aaron Judas a rajouté la chasse au sanglier comme clin d’œil à l’image d’Épinal qui associe les Gaulois à cet animal. En réalité, ils n’en mangeaient qu’à de rares occasions. Bien au contraire, ils le vénéraient en lui attribuant un rôle protecteur. Dans le récit ce sont les Romains qui les poussent à les traquer.

Notre vision de ces peuples a été forgée par différents écrits dont celui du général des armées romaines. Jules César, avec son livre La Guerre des Gaules, donne une image caricaturale des différentes tribus qu’il a affrontées et rencontrées jusqu’à sa conquête complète des territoires lors du siège d’Alésia en -52 avant J.-C. Le mystère est entier concernant nos ancêtres qui n’étaient pas ces barbares sanguinaires avides de combats ou bien ces paysans sans savoir que l’on nous a tant de fois présentés. La France, avant de devenir ce que nous connaissons aujourd’hui, a été un lieu d’invasions, de passages, de résistance. Erin se retrouve plongée au cœur de ce chaos tumultueux.

Notre histoire se situe dans les Vosges autour du Donon qui était un lieu de rencontre entre les différentes tribus. C’était un carrefour pour les chemins de pierres, les fameuses voies romaines. Vous retrouverez encore aujourd’hui les vestiges de ces constructions ainsi qu’un temple qui a été construit en 103 après J.-C. à la gloire du dieu romain Mercure, venu remplacer l’ancienne divinité vénérée en ces lieux, Teutatès (qui a donné l’expression « Par Toutatis ! » dans la bande dessinée Astérix) le père du peuple Gaulois. Le polythéisme était de rigueur à cette période. La clé finale de cette nouvelle se trouve peut-être avec celui dont le nom est tu, Vosegus. Nous sommes dans des terres de sorcellerie, de sabbats, de rites païens et de bête des Vosges.

Ces terres qui n’ont pour frontières que leurs singularités, leurs montagnes, leurs plaines et non leur appartenance à un peuple précis. Les Romains vont tenter de mettre de l’ordre en prolongeant leur empire sous la forme d’une invasion.
Au fil des lignes, apparaît un personnage singulier, celui de l’augure. Il interprète les présages par l’intermédiaire des coqs. Il pouvait aussi utiliser les oiseaux et, c’est à partir de sa fonction en tant que devin, que différentes expressions sont nées dont la plus célèbre est « oiseau de mauvais augure ».

Aux sommets Vosgiens, sous un ciel anthracite hivernal, quand le brouillard tente de s’échapper de la neige et s’élève au-dessus des arbres, on peut se demander quels secrets se dissimulent sous ce manteau de coton. L’endroit semble encore hanté par les rites des Celtes, des Gaulois, des Romains, des Leuques et nous devenons étrangers dans un monde étrange. Aaron Judas a toujours pensé qu’il y avait une magie invisible dans les forêts Vosgiennes, dans lesquelles il lui arrivait de se perdre durant son enfance.