Civilisations Disparues : Les origines de l’île de Pâques

Notre prochaine anthologie diffère légèrement des précédentes puisqu’elle s’ouvre aux adolescents et vous propose un tour du monde des croyances enfouies, mais toujours vivaces dans les esprits. Chaque nouvelle est accompagnée d’un petit texte explicatif que nous  vous partagerons tout au long de notre campagne Ulule.
Après l’Afrique, Victor Fleury, découvert dans Sombres Félins sous le nom de Vyl Vortex, vous emmène en Océanie. Tout le monde a déjà vu les mystérieuses statues de l’île de Pâques, mais connaissez-vous toute leur histoire ?

Présentation de l’île
L’île de Pâques est un petit bout de terre au milieu de l’océan Pacifique. De forme triangulaire, elle mesure 14,6 kilomètres du nord au sud et s’étend sur 171 kilomètres carré. Elle s’est formée il y a des millions d’années lorsque trois volcans ont émergé de l’océan, les trois sommets de l’île actuelle : le Poike, le Rano Kau et le Terevaka. Ce dernier, le plus haut point de l’île, s’élève à une altitude de 500 mètres.
Située vingt-sept degrés au sud de l’équateur, l’île de Pâques est l’un des lieux les plus isolés au monde. Environ 3500 kilomètres d’océan la sépare des côtes du Chili, et il faut parcourir plus de 4000 kilomètres pour atteindre les grandes îles de la Polynésie. La terre la plus proche de l’île de Pâques, qui se situe à 2078 kilomètres, est Pitcairn, un îlot minuscule.
Les légendes locales racontent qu’un chef nommé Hotu Matu’a et sa famille ont été les premiers à s’installer sur cette terre. D’après les scientifiques, cette colonisation daterait des environs de l’an 900 après J.-C., une date tardive qui s’explique par l’isolement de l’île. Ces colons, probablement venus en pirogues depuis d’autres îles de la Polynésie, s’appellent eux-mêmes les Haumaka et donnent leur nom à l’île.

Les douze royaumes

Illustration par Maniak

Les historiens pensent que la population de l’île oscillait entre 6000 et 30 000 personnes. Il existait une douzaine de royaumes avec chacun son chef et son propre territoire. Ces clans respectaient tous l’autorité d’un chef suprême, l’ariki-nui. Ils possédaient la même religion et commerçaient entre eux. Les Haumaka entretenaient même des communications avec les autres îles de Polynésie.
Les Haumaka étaient d’excellents navigateurs. Ils savaient fabriquer de grandes pirogues dans le tronc des arbres géants qui poussaient sur l’île. Ces pirogues leur permettaient d’effectuer de très longs voyages et de chasser en haute-mer.
Les trois volcans ne sont plus en activité depuis des millénaires, mais la roche volcanique issue de la lave en fait un sol très fertile. Grâce aux forêts qui protégeaient les cultures des vents du large, les Haumaka cultivaient la banane, le taro, la patate douce, la canne à sucre et le mûrier. Le seul animal qu’ils élevaient était le poulet, importé de Polynésie par les premiers colons.

Sculpter les moaï
Aujourd’hui, 887
moaï se dressent encore sur l’île. La plupart ont été taillés dans la roche volcanique du Rano Raraku, un quatrième volcan de très basse altitude. Les archéologues ont trouvé dans son cratère des outils (marteaux, pics et forets).
La trace d’un sentier pour sortir les
moaï du cratère subsiste encore, ainsi que des chemins menant vers le nord, le sud et l’ouest. La majorité des moaï ont été retrouvés le long de ces routes et surtout sur la côte. Selon les chercheurs, ils faisaient rouler les statues de 80 tonnes sur des rondins ou les traînaient sur des rails de bois. Grâce à des reconstitutions, il est établi que 60 personnes travaillant 5 heures par jour durant une semaine peuvent déplacer une sculpture de 12 tonnes sur 14 kilomètres.
La période de constructions des
moaï sur l’île s’étend de 1000 à 1600 après J.-C. Il semble que les moaï soient liés à un culte des ancêtres. Les différents royaumes se menaient une concurrence féroce pour fabriquer plus de moaï que leurs voisins, car un grand nombre de statues semble avoir été la marque d’un prestige important.

La fin des moaï
À force d’utiliser le bois dans le transport des
moaï, les Haumaka ont coupé tous les arbres de l’île, causant leur propre perte. Sans arbre, impossible de faire des pirogues : les Haumaka ne pouvaient plus rejoindre les îles lointaines ni pêcher en haute-mer. Leurs cultures n’étaient plus protégées des vents et de la pluie, ce qui provoqua la diminution des récoltes et une grande famine.
En l’absence des noix de palmier et autres fruits sauvages qui poussaient dans les branches, les Haumaka voulurent chasser, mais la grande majorité des oiseaux avaient quitté l’île avec la disparition des arbres. À force de consommer des crustacés et des poissons côtiers, les habitants éradiquèrent les races les plus nourrissantes. Affamés, ils se livrèrent la guerre pour se voler leur maigre nourriture ou même pour s’entre-dévorer.
Les clans attaquaient les
moaï des autres royaumes pour les détruire. Puis, vers l’an 1680, un coup d’état impose à tous les clans le culte du dieu oiseau Maké Maké. Les Haumaka renversent les derniers moaï qu’ils rendent sans doute responsables de leur situation et se mettent à adorer ce nouveau dieu qui représente la liberté : les oiseaux peuvent voler au-delà des mers alors que les humains restent coincés sur l’île.

La disparition des Haumaka
Le 5 avril 1722, l’explorateur hollandais Jacob Roggeveen est le premier Européen à mettre le pied sur l’île, qui n’est plus qu’une terre stérile. Il la nomme « île de Pâques » car c’est justement le jour de la fête chrétienne de Pâques. Les indigènes ne sont plus que quelques centaines. Ils seront déportés et enrôlés de force au service des Européens durant le XIX
ème siècle. En 1872, il ne reste que 111 habitants sur l’île, surtout des polynésiens originaires d’une autre île, Rapa, où les Européens sont allés chercher des travailleurs en raison de l’extinction du peuple Haumaka. Les personnes qui vivent aujourd’hui sur l’île de Pâques la nomment Rapa-Nui, en souvenir de l’île de Rapa, d’où viennent leurs ancêtres.
L’histoire des Haumaka montre comment un peuple peut transformer son environnement jusqu’à menacer sa propre existence. En coupant tous les arbres sans se soucier des conséquences, les Haumaka ont transformé leur île en une prison mortelle.