Civilisations Perdues : Nabatéens et bouclier d’Achille

Notre prochaine anthologie diffère légèrement des précédentes puisqu’elle s’ouvre aux adolescents et vous propose un tour du monde des croyances enfouies, mais toujours vivaces dans les esprits. Chaque nouvelle est accompagnée d’un petit texte explicatif que nous  vous partagerons tout au long de notre campagne Ulule. Patrick Godard présente une civilisation assez peu connue et revient sur un mythe bien plus familier, celui de la guerre de Troie !

Le bouclier d’Achille

À l’heure où l’Histoire fusionne avec la mythologie, où le mystère se mêle au sacré, nos connaissances, parfois sans autre source que les poèmes antiques, se drapent d’un flou artistique nous autorisant aux plus extravagantes hypothèses. Un des sujets les plus controversés de cette époque est sans conteste l’épisode de la guerre de Troie. Ce conflit magnifiquement conté dans L’Iliade nous a laissé des expressions comme : «  Cheval de Troie ». Il nous a offert également de grands questionnements. Les héros de cette bataille ont-ils existé ? Le bouclier d’Achille serait-il toujours enfoui quelque part ?
Ce bouclier, forgé par le dieu Héphaïstos, est décrit précisément par Homère dans le XVIIIe livre de L’Iliade. Le texte permet d’analyser les exigences esthétiques de l’époque. Il est, à ce titre, très intéressant pour l’Histoire de l’art. Son décor représente le monde, le ciel et la mer ; le soleil et les astres. Il symbolise la paix et la guerre, les passions et les peines ainsi que le cours ordinaire de la vie. Mais, selon la légende, il est possible qu’il offre à celui qui sait déchiffrer cet enchevêtrement de scènes anodines, le pouvoir d’un dieu !
Posons-nous cette question simple : « Qu’est-ce qu’un bouclier ? » Une arme reste une arme, même lorsque sa fonction première est la protection. L’arme ultime ne saurait-elle pas projeter ses ennemis sur un autre plan d’existence, comme le suggèrent les planètes ciselée dans son acier ?

Les Nabatéens
Les Nabatéens sont un peuple de nomades originaire de la péninsule arabique. Ils apparaissent vers le VIe siècle avant J.C, s’installent en terre Édomite (sud et centre de la Jordanie actuelle).
Puis, Au Ve siècle avant J.C, ils s’établissent à Pétra. Ils se sédentarisent peu à peu et vont assurer leur prospérité en maîtrisant les routes commerciales entre Orient et Occident. Ils développent le commerce de la myrrhe, de l’encens et des épices, denrées précieuses à cette époque.
Les Nabatéens vont utiliser la situation de Pétra, cuvette entourée de montagnes, pour recueillir les eaux de toute la région par un ingénieux système hydraulique. Pour cela, ils vont creuser dans les falaises des canaux d’irrigation qui alimenteront des citernes, elles aussi creusées dans la roche. À propos des grands travaux entrepris à Petra, il est à noter que la société nabatéenne est égalitaire et dépourvue d’esclaves (fait rare à l’époque).
Au IIIe siècle avant J.C, les Nabatéens s’organisent en royauté et Pétra devient leur capitale. Puis, au IIe siècle avant J.C, elle deviendra une ville importante de plus de 20 000 habitants et non une simple nécropole, comme on l’a cru pendant longtemps à cause des nombreux tombeaux et sanctuaires.

Au Ie siècle avant J.C, les Romains s’intéressent au Proche-Orient. Ils colonisent la région et créent la province romaine de Syrie (64 avant J.C). Pompée, gouverneur de cette nouvelle province, lance une offensive contre la Nabatène et attaque Pétra, en vain. La résistance nabatéenne va préserver l’indépendance du royaume qui s’étend du nord de l’Arabie à la Jordanie actuelle (on trouve la trace des Nabatéens dans toute la Jordanie). Grâce a son commerce florissant, le royaume Nabatéen atteint son apogée au début de notre ère et continue de construire les tombeaux de Pétra, témoins les plus impressionnants de leur exceptionnelle civilisation.
Mais la puissance romaine se renforce. Ne pouvant vaincre militairement, les Romains frappent l’économie de Pétra en déplaçant les routes caravanières. En 106 de notre ère, sous l’empereur Trajan, la Nabatène est annexée par Rome qui crée la province d’Arabie.
Sur le plan architectural, Pétra est une magnifique alliance des influences assyriennes, perses, grecques, romaines mais surtout égyptiennes. Les architectes se sont inspirés de l’école d’Alexandrie.
Pétra fut abandonnée sans que l’on sache vraiment pourquoi. Les fouilles archéologiques prouvent qu’ils sont partis de manière organisée, ce qui exclut un cataclysme climatique ou une invasion. Mais pourquoi, comment et surtout, où ?