Entretien avec Julia Richard

couv 1ere(1)Cette année, les Luciférines publient plus tôt et récidivent dans le thriller. Faites vos jeux est un huis-clos psychologique sans compromis qui va pousser huit personnages pris au piège dans leurs pires retranchements. Derrière ce texte très noir, une jeune auteur, Julia Richard, qui s’est livrée à nos questions.

Tu as commencé à écrire Faites vos jeux très jeune (en 2010), quel a été le point de départ de cette histoire ?
J’avais besoin de passer au thriller. Je cherchais une idée qui me porte, quelque chose de puissant, de machiavélique, une histoire qui me fasse autant d’effet qu’un Death note, un Cube, un Black mirror ou un Fight Club. Un récit qui ne paye pas de mine mais qui vous happe. Et puis, je cherchais une histoire moins simpliste que tous les huis-clos manichéens et prévisibles qui n’apportent rien. Je voulais écrire le livre que je ne trouvais pas en librairie, quelque chose de cru mais avec de la retenue, faire preuve de sobriété dans le traitement là où j’aurais pu reproduire Saw.

On lit dans ta biographie que tu as d’abord entrepris l’écriture d’histoires plus ancrée dans les mondes de l’imaginaire. Pourquoi le thriller a-t-il abouti plus facilement que les autres ?
J’avais besoin de 3 tomes pour mon autre projet. J’en ai écrit un et demi, et je trouve qu’il y a un gros travail à refaire sur les bases même de l’histoire. Ça nécessiterait que je réécrive tout. Et puis j’ai eu des problèmes de santé à cette époque et ce n’est pas évident de me replonger là-dedans. Faites vos jeux se suffit à lui-même. Le premier jet faisait à peine 156 pages word. J’en ai écrit 70 en trois jours, fiévreuse. J’ai pris le temps de me reposer et de passer mes examens mais je bouillais de continuer. Je ne savais pas comment j’allais finir l’histoire, je ne savais pas comment j’allais la traiter, et j’avais hâte de le découvrir.

As-tu des livres, films, auteurs de référence ?
Des tonnes ! Je ne suis pas une grande spécialiste sur un thème en particulier, mais j’essaye de toucher aux romans, aux mangas, à la bande dessinée, aux animés, aux films, aux jeux vidéo, aux séries etc. Et je sais être passionnée quand quelque chose me plaît vraiment. Je finis par avoir tellement d’œuvres et d’artistes que j’admire, ne serait-ce pour une dimension de leur travail que ça me semble très restrictif d’en citer.
Purement sur le roman type thriller psychologique en huis-clos, je me peux dire néanmoins que Vertige de Franck Thilliez m’avait fait beaucoup d’effet. Sinon, mon grand coup de cœur du moment, c’est la série Rick and Morty. Je recommande chaleureusement !

Dans Faites vos jeux, huit personnages très différents nous livrent leurs pensées. Y en a-t-il certains qui te sont plus proches, des plus faciles à écrire que d’autres ?index
Ça, vu les personnages, c’est une question dangereuse ! J’ai l’impression de connaître mieux mes personnages que certains de mes amis, mais ça ne veut pas dire qu’ils me sont proches. J’ai dû au contraire accepter que je ne suis pas toujours d’accord avec eux, que je ne cautionne pas leur comportement ou leur état d’esprit, qu’ils n’ont pas toujours raison et que je suis des fois très loin d’adhérer à leur idées.
Plus facile à écrire, aucun, plus compliqué par contre, oui ! Jenna, par son intelligence et son ambivalence a été un beau challenge sur la durée. Pierre m’a demandé un gros travail de préparation, de réflexion et de formulation sur le passage des « figues », le background de Kim a été assez éprouvant aussi… un peu tout en fait ! De manière générale, le plus compliqué, c’est de gérer
huit personnes à la fois, qui évoluent au fil de l’histoire, avec le parti-pris de ne voir leur point de vue interne qu’à un moment T.

Le choix de mettre chaque protagoniste en danger tout en les développant assez pour impliquer le lecteur dans leur destinée n’a-t-il pas quelque chose de frustrant en tant qu’auteur ?
Frustrant non, mais dur. Je n’avais pas décidé de leur sort en attaquant le roman, sauf pour 2 ou 3. J’avais plutôt l’impression d’être lectrice moi aussi dans l’histoire. Ceux qui écrivent savent de quoi je parle, cette sensation de voir l’histoire nous échapper et d’y assister contemplativement alors que nos doigts écrivent plus vite que nos pensées. Le développement des personnages, au-delà du fait que je ne partage pas toujours leur point de vue et encore moins leurs traits de caractère, ne m’a pas affectée, transportée plutôt. C’est surtout d’avoir à me résoudre à me « débarrasser » de certains qui a été douloureux.

Il est assez rare qu’un auteur illustre lui-même son roman. L’idée de ce que tu voulais était-elle claire dès le départ ?
Pas du tout ! J’ai toujours un peu gribouillé, mais quand j’ai attaqué cette illustration sur un bout de papier en 2012 je ne pensais pas en faire quelque chose. Je l’ai scannée et je l’ai retravaillée sur Paint, puis sur Gimp. J’ai heurté un mur quand j’ai compris que je n’avais ni les compétences ni le matériel pour aller plus loin. Alors je me suis jetée à l’eau. J’ai acheté une tablette graphique avec Photoshop et j’ai appris à utiliser l’outil à grands coups de frustration… Je suis maintenant assez satisfaite du décalage qu’il y a entre le sourire et les yeux embués qui ne sont pas du tout rieurs. Pour moi, ça renvoie bien l’image d’une personne qui s’affiche comme un loup pour survivre mais qui n’a pas du tout l’assurance qu’elle expose.
Je suis vraiment ravie d’avoir pu aboutir à quelque chose et d’avoir appris que ce dessin ne sera jamais parfait à mes yeux.

En 2007, tu as gagné le prix Maupassant de la jeune nouvelle. Peux-tu nous parler de ce texte ?
Quelle horreur ! Il n’est franchement pas bon ! C’était une nouvelle dystopique de deux pages, poétique mais très mal traitée. Je l’ai relue il y a pas un mois, je n’avais pas ouvert le fichier depuis 2007. J’aurais bien du mal à vous parler de ce texte, je ne me rappelle pas l’avoir écrit. J’ai à peu près un an d’amnésie sur 2006. Quand j’ai appris que j’étais lauréate en 2007, je ne savais même pas que j’avais participé à un concours ! Je suis allée à la remise de prix ampoulée au parlement avec tout le gratin de mon lycée et de la presse et j’ai trouvé le moment singulièrement détestable. Je ne trouvais pas mon texte bon, je n’avais pas l’impression qu’il m’appartenait autant qu’il aurait dû, et j’ai dû assister passive au massacre d’un des académiciens qui est allé l’analyser et y trouver subjectivement tout un tas de sous-entendus sexuels. J’en garde un très mauvais souvenir.

As-tu d’autres travaux littéraires en cours ? Penses-tu poursuivre dans le thriller ou revenir vers l’imaginaire ?
J’ai deux projets majeurs dans les cartons. Un roman noir un peu pop, déjanté, dans la veine des splaterpunk qui expliquerait le mystérieux canard en plastique que l’on trouve dans Faites vos jeux. Ça serait un préquel axé sur les grands parents d’un des personnages, moins compliqué à l’écriture que Faites vos jeux, mais la structure est un casse-tête que je n’ai pas encore résolu.
Le second est une gigantesque entreprise. Une saga de fantastique/fantasy qui va me demander 4 ou 5 tomes et un engagement sur au moins les 10 prochaines années… Je ne sais pas encore par lequel je vais commencer. J’ai besoin de me poser un peu avant je crois.

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