Nuits de Lorraine : La Mesnie Hellequin

Aasgaardreien – Peter Nikolai Arbo

Au cœur de chaque nouvelle fantastique de Nuits de Lorraine, une légende ou un élément culturel qui fait la particularité et le charme de la région.
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La Mesnie Hellequin ou Chasse volante

Chasse fantastique, Grande Chasse, Chasse sauvage, Chasse volante, les appellations de la Mesnie Hellequin sont nombreuses et varient selon les région. Cette tradition complexe et mystérieuse est partagée par de nombreux peuples d’Europe. En France, on la retrouve plus particulièrement au nord, de la Bretagne jusqu’à l’Alsace.

Tantôt chevauchée de démons sillonnant le ciel les nuits d’orage, tantôt cavalcade infernale que l’on entend à heures fixes dans les forêts, la légende est mentionnée pour la première fois en Normandie au XIIe siècle. Elle prendrait cependant ses origines de la mythologie nordique apportée par les Vikings au IXe siècle. Il s’agissait du cortège d’Odin ou de Wotan, dieu de la chasse, pour les Germains qui auraient pu ancrer la croyance en Lorraine bien avant.

L’appropriation chrétienne a transformé la course divine en une malédiction de damnés semblable au supplice de Tantale. Souvent, il s’agirait de pécheurs trop avides de grandes batailles ou de chasse, revenus d’entre les morts pour poursuivre éternellement un gibier qui leur échappe. Inquiétants, ils peuvent aussi se montrer hostiles en écharpant les humains qui croisent leur chemin.

Dans les Vosges, le cortège est particulièrement craint les nuits d’été. S’il passe au-dessus de la tête de quelqu’un, il faut se coucher à plat ventre et faire le mort en priant Saint Fabien pour éviter de se faire emporter sans espoir de retour. Il est cependant possible de l’observer à travers sa fenêtre, tant qu’elle est bien fermée : bouts de bois, cailloux et os humains pourraient s’écraser sur votre tête.

L’origine de ce nom curieux « Mesnie Hellequin » n’est pas certaine. Si « Mesnie » pose peut de questions : mot de l’ancien français désignant un groupe d’une même famille, beaucoup se sont interrogés sur l’identité du seigneur Hellequin. Nous retiendrons l’interprétation la plus probable en revenant vers les origines germaniques. Helle désigne l’Enfer. On retrouve d’ailleurs ce nom dans le patronyme de la déesse des Enfers, Héla. Hellequin serait donc une francisation pour désigner un personnage associé au Diable.

En Lorraine, comme dans d’autres régions, certaines légendes personnifient Hellequin. Il est possible d’entendre depuis 1820 le chasseur du bois de Krombesch, depuis la ville de Boulay. L’homme pâle erre le soir en criant longuement « Ta! Ta! Ta ! » pour appeler sa meute de chiens. Personne n’a jamais osé aller à sa rencontre.

Aux environs de Vittel, le bois des Baumes serait hanté par l’âme de Jean. Ce grand passionné de chasse aurait négligé carême et jours de fêtes pour s’adonner à son activité préférée. Il est condamné à poursuivre inlassablement le même gibier. Sa voix résonne de la même manière au loin pour exciter sa meute de chiens.

Bien que ces deux figures semblent moins menaçantes qu’une mesnie entière de démons, ces manifestations étaient redoutées des paysans, car ils pensaient qu’elles annonçaient des événements funestes.